La "trobada al Canigò" est un rendez-vous traditionnel catalan qui a lieu tous les ans une semaine avant les feux de la saint Jean pour monter les fagots de "xirments" jusqu'au pic du Canigou. Catalans de France et d'Espagne se retrouvent près du chalet des Cortalets (2170m d'altitude) ou chacun monte selon ses moyens, à pied, à cheval, à vélo ou en véhicules motorisés (dans ce dernier cas de figure une autorisation préfectorale est obligatoire). Cela fait plusieurs années que nous y participons à pied et cette année Sylvie et Jérémy ne pouvant pas y aller, l'idée que j'avais depuis pas mal de temps s'est concrétisée. Je rêvais de rejoindre ce chalet en VTT depuis Ste Marie. Je pars donc ce samedi 13 juin de Sainte-Marie à 06h30 sur mon VTT avec le matériel nécessaire dans la remorque que je tirerais tout le long du parcours. Un gros sac à dos m'aurait pénalisé triplement: 1 un centre de gravité trop haut, 2 des épaules et un dos meurtris et 3 dans l'impossibilité d'emporter un "camelbak".
Cette première matinée commence bien puisque mes prévisions de temps de parcours sont respectées: Villelongue de la Salanque, Bompas, Perpignan, le Soler, Saint-Feliu d'Avall et d'Amont, Millas, Ille sur Têt, Vinça et Marquixane sont traversés sans encombre, puis je quitte enfin cette nationale en direction de Los Masos de Prades. Je sais que le plus dur et devant moi. En sortant de Villerach plus de bitume mais un dénivelé qui m'inquiète, la chaîne est déjà "tout à gauche", je n'ai donc plus de marge de manoeuvre et je sais que plus haut certains passages sont encore plus durs mais chaque voiture qui me dépasse est un véritable fan club qui m'encourage, il y a bien des vététistes qui font cette ascension mais aucun ne monte en autonomie et tous les témoins de ma"petite aventure" m'offrent des coups de klaxons et autres... "bravo, courage, incroyable...".
Cette chaîne qui m'a déjà joué de vilains tours finit par se rappeler à mon bon souvenir, elle est en tension permanente et alors que le col del Forn n'est plus très loin un petit "clic...clic...clic" suspect m'interpelle, je décide donc de m'arrêter pour contrôler la machine et ce que je vois me laisse sans voix! Un des maillons de cette sacrée chaîne est en très mauvais état, un axe ne tient que par un côté et mon dérive chaîne ne suffit pas a réparer lorsque une voiture du 88 s'arrête "on peut vous aider?" le couple de touristes me prête une pince et en trois secondes je répare la chaîne puis l'homme me dit "vous connaissez Julien Absalon?" je réponds "le
champion olympique de VTT des J.O. de Pékin?" Il me fait un grand sourire et m'explique "il est de notre village dans les Vosges, depuis son sacre toute la commune est passionnée de VTT et nous mêmes lorsque nous voyons un vététistes arrêté, nous lui proposons notre aide". La voiture repart et je sais que je ne passerai pas la soirée tout seul...
A 12h00 je m'arrête pour déjeuner, l'endroit est parfait, juste avant le refuge Malet, un petit torrent e
t de l'ombre. Je vois la voiture de mes sauveteurs qui redescend. Les forestiers ne nous laissent pas passer, il faut une autorisation que nous n'avons pas. Ce n'est pas grave nous reviendrons une autres fois, au revoir". Je repars vers 13h00, en effet à la barrière juste après le refuge Malet des forestiers contrôlent les véhicules. Je me faufile, on me laisse passer et l'après-midi est une succession de coups de pédales et de pauses aux endroits ombragés. A l'un d'eux c'est le Président du Conseil Général M. BOURQUIN qui me félicite. Mais après le refuge de la Mouline, les côtes sont telles que je suis obligé de finir à pied. Un petit épisode pluvieux m'oblige à m'abriter sous un sapin, la grêle fait son apparition, puis le soleil revient, je repars donc toujours en poussant mon attelage. Je parcours les derniers kilomètres à pied, accompagné de trois jeunes de Vinça.
Nous arrivons au Cortalet à 19 heures 30.
Pendant la soirée on m'offre : apéritif, grillade, et Cramat. La nuit s'éternise avec des chants Catalans et la bonne ambiance. Je m'endors vers 04 heures du matin. La mission du dimanche matin, consiste à monter le fagot jusqu'à la croix. Le sentier pédestre étant impraticable à vélo, c'est ma paire de baskets que je vais devoir user. Là haut, des gens qui arrivent de tous les sentiers se retrouvent pour communier, encore des chants, puis le retour s'impose. Départ des Cortalets à 12 heures 30 pour arriver à Sainte Marie à 18 heures. Fatigué mais fier d'avoir représenté ma commune et le club de vélo AC CANET. RDV l'année prochaine, avis aux amateurs !